Des idées pour en faire naître d’autres.
Je pousse quelques murs. À vous aussi.
Avant d’inviter les autres à imaginer leur avenir, j’ai voulu me prêter moi-même à l’exercice.
Le récit de Fatima et les propositions présentées ici sont une manière de mettre mes idées à découvert. J’y explore des possibilités, parfois audacieuses, sans prétendre avoir résolu toutes leurs difficultés. Elles peuvent être maladroites, incomplètes, contradictoires. Je les expose pour qu’on puisse en discuter, les bousculer et en faire naître d’autres.
L’ambition est de nous donner les moyens de décider et d’agir ensemble sur notre avenir. La Constellation propose des repères pour confronter nos aspirations aux conditions qui les rendent possibles. Les pistes qui suivent explorent quelques directions. Il vous appartient d’en imaginer d’autres.
Autorisez-vous le même exercice. Déplacez les questions. Proposez d’autres chemins. Partez de ce qui vous manque, de ce que vous refusez, de ce que vous aimeriez pouvoir vivre. Vous n’avez pas à attendre d’avoir tout résolu pour commencer.
Vos récits Face A et Face B sont précisément un endroit pour le faire. Donnez à voir ce que vos idées changeraient dans une journée, dans les relations, le travail, les décisions, les gestes ordinaires. Racontez ce que vous espérez et ce que vous redoutez. Votre récit peut prendre une tout autre direction que celui de Fatima.
Ces premières propositions auront rempli leur rôle si elles vous donnent envie de formuler les vôtres. Des dizaines, des centaines, des milliers d’autres : une matière vivante à confronter, à approfondir et à transformer ensemble en possibilités d’action.
Et vous, qu’aimeriez-vous rendre possible ?
En finir avec la politique de carrière.
Faire du pouvoir une mission temporaire, exercée par des citoyens préparés, avec les moyens de participer et des contre-pouvoirs effectifs. Une vie ne confisque pas le pouvoir ; le pouvoir ne confisque pas cette vie.
Déconcentrer les médias.
Réduire les concentrations de propriété et les dépendances qui fragilisent le journalisme. Protéger son indépendance, la vérification des faits et le pluralisme, sans instituer un délit de désaccord.
Rendre du temps à la démocratie.
Le temps de vivre et de participer n’est pas ce qui reste après le travail. C’est une condition démocratique. Une démocratie qui épuise la disponibilité de ses citoyens travaille contre elle-même. Rendre du temps n’est pas une faveur. C’est une exigence à laquelle les politiques doivent apporter une réponse.
La sécurité matérielle, l’apprentissage et le temps civique doivent rendre cette participation possible, y compris pour les personnes aujourd’hui les plus contraintes.
C’est dans cette perspective que nous proposons un Time Shift : traduire les gains technologiques et de productivité en plus de temps pour soi et pour la cité.
Entreprendre la finitude.
Réduire les pressions matérielles et écologiques tout en protégeant la dignité. Organiser les reconversions et la sécurité d’existence de ceux dont les métiers devront changer. Les renoncements ne peuvent toujours retomber sur les mêmes.
Désarmer la guerre. Organiser la paix.
Viser une réduction coordonnée et vérifiable des armements, la sécurité commune et la reconversion des moyens militaires. La suppression des armées de guerre est un horizon à construire, pas un abandon des populations menacées.
Reprogrammer l’économie.
L’économie est une invention humaine. Elle doit redevenir un outil, pas une fin. Revoir ses règles pour les ancrer dans le réel : les limites physiques, la dignité humaine et les conséquences de nos choix.
Si les règles et les modèles économiques empêchent de satisfaire les exigences démocratiques, ce sont aussi ces règles et ces modèles qu’il faut revoir. Les finalités humaines doivent orienter l’économie, pas lui être subordonnées. Les sciences économiques doivent éclairer nos choix, pas décider à notre place de ce qui mérite d’être vécu.